Le Romarin

"J’ai descendu dans mon jardin...   
pour y cueillir du romarin”...
On connaît tous la chanson !

Alors parlons du romarin, si modeste et si universel, encore en fleurs en ce début d’automne, qui pousse dans tous les jardins et sur presque tous les balcons !

Le romarin… on peut s’amuser avec les lettres de son nom qui contient toute entière la Ville qui nous accueille, la mer et les marins, et en italien la rose, celle de Marie ou celle des vents.
Ce qui nous promet un joli voyage !

Romarin, rosmarinus officinalis. Mais encore ? De quoi est-il le nom ?
En latin, ros marinus, la rosée marine, en grec rhops myrinos , le buisson aromatique. Mais aussi la rose marine, et la rose de Marie, que lon retrouve dans le nom anglais de cette plante, rosemary.
Elle a d’autres noms encore : l’encensier, l’herbe aux couronnes, que nous retrouverons plus avant.
Nous verrons que le romarin accompagne les humains depuis des temps immémoriaux.
C’est un arbrisseau à feuilles persistantes, étroites, coriaces, aux bords légèrement enroulés, d’un vert sombre brillant sur le dessus, pâle en dessous, qui porte à l’extrémité de ses rameaux de petites fleurs bleues, de nuance claire ou plus foncée. Il en existe environ 150 variétés, dont une qui fleurit en blanc, Rosmarinus officinalis albiflorus.
Le romarin pousse partout jusqu’à une altitude de 700 m, exceptionnellement 1500 m en conditions très favorables, mais ce qu’il préfère, c’est le terrain calcaire, rocailleux : il s’épanouit dans le maquis et la garrigue. Sur ces terres arides et ensoleillées, il se contente de l’humidité du littoral. Quant à nous, il nous transporte illico dans la Provence de Mistral, de Jean Giono ou de Marcel Pagnol où le romarin est omniprésent.
Il appartient à la famille des Lamiacées ou Labiées, comme ses cousins le thym, l’origan, le basilic, l’hysope, la menthe, la sauge, la lavande, la mélisse et la marjolaine… qui chatouillent tous très agréablement nos narines… et nos papilles ! Les Lamiacées plaisent aussi beaucoup aux abeilles, car elles sont extrêmement mellifères, et le romarin ne fait pas exception.
Le romarin commun est un arbuste à croissance verticale, mais la variété Rosmarinus prostratus, rampante, retombante et tapissante, est très intéressante sur les pentes de nos jardins qu’elle recouvre de denses cascades verdoyantes, adhérant au sol, faisant disparaître les murets et ne laissant pas la moindre chance aux herbes indésirables, car les branches prennent racine dès qu’elles touchent terre pour faire surgir une nouvelle plante prête à toutes les conquêtes !
Le romarin se multiplie facilement par bouturage. Il est cultivé à large échelle sur le pourtour de la Méditerranée, avec une production annuelle d’huile essentielle d’environ 300 tonnes par an.

Son arôme camphré en fait le roi de la cuisine ! Frais ou sec il parfume merveilleusement les poissons, les grillades, les viandes blanches et le gibier, les tomates et le riz, les marinades… il sert accessoirement de pinceau aux artistes du barbecue, ou de brochettes pour enfiler légumes ou saucisses. En Italie, pas d’agneau au four ni de pommes de terre sans romarin ! Il est aussi parfait pour fumer la viande ou le poisson.
Et il faut l’essayer avec les desserts ! Il réveille les compotes, les confitures et les sorbets, les tartes aux abricots, les figues ou les pêches rôties au miel… j’ai trouvé une recette de tarte au citron et romarin que je vais tester et je vous dirai. Ses fleurs à la saveur plus douce peuvent être saupoudrées crues sur un plat pour le parfumer délicatement. De ce romarin savoureux, tout se mange, et il ne fait pas que nous régaler…

Il nous SOIGNE, et ses vertus sont mirobolantes ! En bain, en gargarismes, en cataplasmes, en inhalation, en infusion, la phytothérapie a utilisé empiriquement le romarin pour soigner divers maux. Les effets bénéfiques du romarin sur le système nerveux et la circulation sanguine sont largement confirmés par la science moderne. Anti bactérien, anti mycosique, cicatrisant, le romarin, qu’on brûlait autrefois pour assainir la chambre des malades, agit aussi contre les infections.
Il aide à la digestion, il est diurétique et antispasmodique. Hépatoprotecteur, il favorise la sécrétion biliaire. Il protège l’appareil respiratoire, facilite l’expectoration , lutte contre l’asthme. C’est aussi un anti-oxydant. Il stimule le cœur, fortifié le cerveau et la mémoire. Ces dernières propriétés traditionnellement reconnues ont été confirmées en 2015 par les scientifiques : l’huile de romarin améliore la mémoire de façon significative.
Par ailleurs, les analyses actuelles attestent la richesse du romarin en vitamines, en minéraux et en oligo-éléments . Les substances actives qu’il contient peuvent cependant avoir des effets nocifs, il est donc déconseillé aux femmes enceintes et pendant l’allaitement. Historiquement, à l’époque latine, le romarin est cité par Pline dans son Histoire naturelle, et par Dioscoride (médecin, 1er siècle après JC). Il est présent dans tous les “ jardins des simples” de l’époque médiévale. Au début du 9eme siècle, Charlemagne recommandait qu’on en plante dans tous les domaines royaux. Au 12ème siècle, Hildegard von Bingen mentionne ses vertus. Au Moyen-âge, le romarin couronne les jeunes mariées, ce qui lui vaut d’être appelé “ l’herbe aux couronnes”. Au 14ème siècle, Élisabeth de Pologne, reine de Hongrie, déclare avoir reçu d’un ange la formule d’un élixir qui la rend célèbre : c’est une distillation de fleurs de romarin dans l’alcool. Le succès de cette “Eau de Hongrie” ne se démentira pas puisqu’au 17ème siècle, elle soulagera les maux de Louis XIV en personne ! Madame de Sévigné en avait toujours un flacon avec elle. Cette Eau de la Reine de Hongrie, eau guérisseuse, eau de senteur, a inspiré de nos jours les parfumeurs Fragonard en France, et Crabtree & Evelyn en Angleterre, qui en reprennent le nom. L’Eau de Beauté de Caudalie en dérive elle aussi. Aujourd’hui, on ne compte pas les recettes cosmétiques et les soins divers où triomphe le romarin : un bain au romarin tonifie les jambes fatiguées et soulage les pieds ; vous pouvez le mettre en cataplasme sur les entorses et les contusions ; en fumigation, il purifie l’épiderme du visage ; mais c’est surtout une panacée pour la beauté de la chevelure, contre la chute des cheveux.

Au 17 ème siècle, pendant l’épidémie de peste qui ravage Toulouse (1628-1631), le romarin entra, comme la lavande, dans la composition du fameux “vinaigre des quatre voleurs” : il protégeait de la contagion ceux qui, profitant de l’épidémie, dévalisaient les maisons sans s’infecter.

Mais la plus ancienne utilisation du romarin remonte à l’Egypte ancienne où il avait une fonction funéraire : un rameau de romarin, symbole d’immortalité, était glissé dans la main du défunt pour l’accompagner dans l’au-delà, et c’est un usage que l’on retrouvera dans tout le bassin méditerranéen, comme en Sicile, où un proverbe en atteste :
 “ cc’è tant’ervi all’orto
e cc’è la rosmarina pi li morti”

( il y a beaucoup d’herbes au jardin, et le romarin pour les morts). Voilà l’origine d’un autre nom du romarin, l’encensier, puisqu’il est utilisé dans les cérémonies religieuses en lieu et place de l’encens.
D’ailleurs Chateaubriand attribuera cette même coutume aux Iroquois, dans son Roman Les Natchez.
Et c’est une légende qui, peut-être, explique le nom “Rose de Marie” du romarin ( Rosemary). Elle raconte qu’à l’origine, les fleurs du romarin étaient blanches. Mais Marie, au moment de mettre son fils au monde, posa son vêtement bleu sur un arbrisseau près de la crèche, et les fleurs en absorbèrent la couleur.
Pour l’anecdote, le calendrier de Fabre d’Eglantine avait consacré au romarin le 6ème jour du mois de Messidor, qui correspond au 24 juin du calendrier grégorien.
Pour ce qui est de l’univers de la chanson, qui m’intéresse toujours beaucoup, il existe une chanson très populaire en Pologne, une chanson militaire qui remonte à la première guerre mondiale, “ô mon romarin !”.
Simon &Garfunkel nous parlent de romarin dans la ritournelle de leur chanson “on the road to Scarsburough Fair”.

Si présent dans nos vies, le romarin l’est inévitablement dans la peinture et la littérature .
On le trouve dans les deux pièces les plus connues de Shakespeare, Roméo et Juliette, et Hamlet.
À l’acte 1, scène 4, Shakespeare fait dire à la nourrice de Juliette :
“Romarin et Roméo commencent tous les deux par la même lettre, n’est-ce pas ?”
( “Doth not rosemary and Romeo begin both with a lettre ?”)
Et dans le bouquet d’Ofelia, le romarin a sa place comme fleur de la mémoire :
“Voilà du romarin pour la souvenance, je vous en prie, amour, souvenez-vous” dit Ofelia à Laerte
(„There‘s rosemary, that‘s for remembrance : pray you, love, remember „)

Guy de Maupassant nous livre, dans „Une Vie“, 1882, cette superbe description du maquis :
"C’était le maquis, l‘impénétrable maquis, formé de chênes verts, de genévriers, d’arbousiers, de lentisques, de lauriers-tins et de myrtes que reliaient entre eux, les mêlant comme des chevelures, des clématites enlaçantes, des fougères monstrueuses, des chèvrefeuilles, des cystes, des romarins, des lavandes, des ronces, jetant sur le dos des monts une inextricable toison”

Texte de Nicole Allegra