Parme, Capitale de la plaine du Pô
Un peu de géographie : Parma est en Emilia-Romagna au nord de l’Italie dans la plaine du Pô.
Parme, capitale de la plaine du Pô, aujourd’hui peut-être plus célèbre pour sa gastronomie et son opéra, est en réalité la première ville de la vallée du Pô à avoir marqué l’histoire de la culture du nord de l’Italie et au-delà.
Avec Bologne, Modène, Ferrare, Crémone, Ravenne et Vérone, elle fut l’une des étapes les plus prisées du « Voyage en Italie » qui enchanta les voyageurs du Grand Tour du XVIIIe siècle.
- Un peu de son histoire
Pour les Français, elle évoque Stendhal et sa Chartreuse, et fut une étape rêvée par Marcel Proust, et elle a plus d’un lien avec la France…
D’abord étrusque, puis colonie romain florissante, l’Augusta Parmensis, elle déclina avec l’Empire et connut un renouveau ponctuel avec les Byzantins, les Lombards, les Francs et les évêques-comtes, jusqu’à devenir l’une des communes libres de la Ligue Lombarde qui s’opposa à Frédéric Barberousse puis, après un siège épique, à Frédéric II, auquel ils ravirent la couronne impériale comme trophée de bataille.
-* Ses monuments
- Ils témoignent de ces origines glorieuses : la cathédrale romane du début du XIIe siècle, le baptistère gothique octogonal, œuvre totale de Benedetto Antelami, conçu et construit en marbre rose de Vérone, orné d’un cycle des mois, de sculptures célébrant la sacralité du travail, enrichies par le récit pictural de la coupole, probablement exécuté en 1200 par l’atelier de Grisopolo, qui se proclama peintre de Parme.
- Pendant les trois siècles suivants, événements et dominations, dont celle des Français, se succédèrent jusqu’ à ce que, après la défaite des Français face aux armées du Pape et des Espagnols, débute la grande histoire du duché de Parme.
Celle-ci fut initiée par Alexandre Farnèse, devenu pape Paul III. En 1545, il établit un duché Farnèse sur les terres appartenant aux États Pontificaux pour son fils illégitime Pier Luigi. Ce duché appartint à la famille jusqu’en 1731, date à laquelle Élisabeth Farnèse, dernière héritière de la famille, épouse de Philippe V roi d’Espagne, et dont le fils Charles I er de Bourbon, roi de Naples en hérita. Le duché fut ensuite brièvement cédé aux Habsbourg, puis restitué aux Bourbons, qui, avec l’arrivée de Plaisance et de Guastalla, fondèrent la dynastie des Bourbons-Parme qui règne toujours en tant que Grand-Duc de Luxembourg.
-* Parme, cité Farnèse et trésor artistique
Ce sont les siècles Farnèse qui ont véritablement fait de Parme un trésor artistique majeur. Au cœur de cette effervescence culturelle, deux noms dominent : Le Corrège et Parmigianino.
- En 1520, Le Corrège réalise la décoration de la coupole de l’église San Giovanni Evangelista. Il y représente une vision saisissante de la figure du Christ apparaissant à saint Jean, presque dissimulé à la base de la coupole, dans un effet de perspective audacieux et novateur.
- Six ans plus tard, en 1526, il s’attaque à la coupole monumentale du Duomo. Les figures semblent aspirées par le ciel dans un mouvement vertigineux. Cette œuvre révolutionnaire faillit être détruite, jugée trop audacieuse par le Chapitre de la cathédrale, qui la qualifia crûment de « ragoût de grenouilles ». Ce n’est que grâce à l’approbation de Titien lui-même qu’elle fut sauvée.
- À quelques pas de là, Le Corrège déploie à nouveau son génie dans la chambre de l’abbesse du monastère San Paolo. Commandée par l’érudite abbesse Giovanna Piacenza, représentée en Diane sur la cheminée, cette coupole transformée en un belvédère verdoyant est animée par des angelots espiègles, témoins d’une scène empreinte de raffinement et de liberté intellectuelle.
- Aux côtés de Corrège, Parmigianino laisse à Parme une œuvre majeure : la voûte de l’église de la Steccata, joyau d’architecture à plan central. Dans la fresque peinte devant l’abside, trois Vierges sages, lampes à la main, entrent au banquet nuptial, tandis que trois Vierges folles restent à l’extérieur, exclues — une leçon spirituelle et esthétique.
- Mais Parme ne se limite pas à l’art sacré. Capitale d’un duché prestigieux, elle offre à ses visiteurs un véritable palais royal : le Palazzo della Pilotta, ancien siège du pouvoir Farnèse. Aujourd’hui, ce vaste complexe abrite la Galerie nationale de Parme, l’une des plus riches d’Italie, où l’on peut admirer des chefs-d’œuvre de Beato Angelico, la Scapigliata de Léonard de Vinci, et une brillante collection de l’école émilienne, avec Le Guerchin, Parmigianino, les trois Carrache (Agostino, Annibale, Ludovico), Sebastiano del Piombo, Lanfranco, Van Dyck, Canaletto, Tiepolo, Batoni, Appiani, Canova jusqu’à Guttuso.
- Avant même d’atteindre les salles d’exposition, le visiteur est accueilli au premier étage par le Théâtre Farnèse, joyau du XVIIe siècle imaginé par Giovanni Battista Aleotti : une version ducale du Théâtre Olympique de Vicence, dédié à Bellone et aux Muses, chef-d’œuvre d’architecture éphémère en bois devenu éternel.
- De l’autre côté du torrent de Parme, dans le parc ducal, se trouve encore une autre résidence : le Palazzo del Giardino, commandé à Vignola par Ottavio Farnèse et achevé en 1700 par Alexandre Petitot, premier architecte de Philippe de Bourbon. Ce palais, orné de fresques précieuses, abrite aujourd’hui le RIS des Carabiniers.
- En 1700, Parme était surnommée l’Athènes de l’Italie. Cependant, cette richesse artistique fut en partie dispersée. Charles de Bourbon, devenu roi de Naples, transféra une grande partie des collections Farnèse vers le sud, fondant ainsi les bases du Musée archéologique de Naples et du palais de Capodimonte. Un siècle plus tard, Napoléon fit de même : 47 œuvres majeures quittèrent Parme pour la France ; seules 28 furent restituées après le Congrès de Vienne, les autres restant au Louvre ou dans divers musées français.
- Ce même Congrès de Vienne rétablit le duché, confié à la maison de Habsbourg-Lorraine : Marie-Louise, seconde épouse de Napoléon, en devint duchesse de Parme et le resta jusqu’à sa mort en 1847. Elle apporta de nombreuses modernisations, notamment la construction de ponts favorisant la circulation dans tout le duché. Mais son legs le plus emblématique demeure la création du Teatro Regio, inauguré en 1829. Son rideau allégorique la représente sous les traits de Minerve, entourée de sa cour — une œuvre visible encore aujourd’hui.
- Le Teatro Regio, réputé pour l’exigence légendaire de son public, est devenu un temple de l’opéra. Son destin est indissociable de celui du Conservatoire de musique, fondé à la même époque, qui permit à Giuseppe Verdi de s’épanouir et de révolutionner l’opéra italien, et à Arturo Toscanini de devenir l’un des plus grands chefs d’orchestre de l’histoire.
-* Parme, capitale du goût
La réputation gastronomique de Parme n’est plus à faire : elle incarne l’excellence culinaire italienne dans ce qu’elle a de plus authentique et raffiné. Berceau de produits d’exception, la ville s’enorgueillit de plusieurs appellations DOP mondialement reconnues, parmi lesquelles le prosciutto di Parma, affiné avec patience et savoir-faire ; le Parmigiano Reggiano, roi des fromages italiens, fruit d’un savoir transmis depuis des siècles ; ou encore le culatello di Zibello, charcuterie rare et délicate, affinée dans les brumes des bords du Pô.
- Mais au-delà de ces emblèmes, Parme est aussi le centre d’un vaste écosystème agroalimentaire : on y trouve des entreprises historiques de conserves, de pâtes, et de transformation artisanale, qui perpétuent une tradition culinaire respectueuse des saisons, des terroirs et du goût.
Cette excellence a d’ailleurs valu à Parme d’être désignée première Ville créative de la gastronomie par l’UNESCO en Italie, en reconnaissance de son rôle central dans la culture alimentaire, la recherche agroalimentaire et la promotion d’un patrimoine culinaire vivant.
Une ville aux mille saveurs et mille visages
Ville d’histoire, d’art et de musique, Parme est aussi profondément humaine. Derrière ses trésors culturels et ses tables réputées, elle charme par la douceur de son mode de vie, la convivialité de ses marchés, l’élégance discrète de ses ruelles, et surtout, par la chaleur de ses habitants, fiers de leur héritage et toujours prêts à le partager.
Texte de Maria Luigia Argentiero
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