Du villino de l’utopie au musée Andersen.. un lieu à découvrir !

Du villino de l’utopie au musée Andersen… un lieu à découvrir !

Ce petit trésor est caché par les bâtiments “umbertins” à l’extérieur de la Porta del Popolo entre la via Flaminia et le Tibre, plus exactement via Mancini. C’est dans cette rue, presque à côté de l’imposant et austère Ministère de la Marine, que l’on tombe sur ce villino rose construit entre 1922 et 1925, dans un style néo-Renaissance, avec une dédicace sur la porte d’entrée adressée à une femme : Hélène.

C’était l’atelier et la maison de Hendrik Christian Andersen, artiste d’origine norvégienne qui a grandi en Amérique et est arrivé à Rome en 1896 où il a choisi de vivre et travailler pendant plus de 40 ans.

Hendrik Christian Andersen est né en Norvège à Bergen en 1872. Enfant il déménage à Newport aux Etats-Unis où son père travaille comme menuisier. Grâce à sa mère Hélène, sa famille deviendra une famille d’artiste : Son frère aîné Andreas se consacrera à la peinture tandis que le frère cadet, Arthur, se consacrera à la musique et lui deviendra sculpteur.

En 1893 Hendrik entreprend un voyage éducatif en Europe ; il se rend à Paris et deux ans plus tard il arrive à Rome où il restera plus de 40 ans.
Il est accompagné de son frère Andreas et de sa femme Oliva Cushingla, dont la riche famille soutient financièrement les frères Andersen. Malheureusement Andreas mourra en 1902 et Olivia sa femme en 1927. Henrick avait désormais choisi Rome comme domicile et il fit construire le villino rose, sur la Flaminia juste à côté de la Piazza del Popolo où il vécut jusqu’à sa mort en 1940 et qui sera le musée de sa vie et de son œuvre.

La maison-musée de Hendrik Christian Andersen, appelée Villa Hélène en l’honneur de sa mère, conserve plus de 200 sculptures, 300 œuvres graphiques et 200 peintures du peintre-sculpteur norvégien. Découvrir ce musée est une vraie expérience qui permet de revivre l’atmosphère de la capitale au début du XXème siècle. En effet le jeune sculpteur se fait connaître et apprécier comme portraitiste d’écrivains, de journalistes, d’hommes politiques et intellectuels américains, parvenant ainsi à entrer dans l’élite culturelle de la capitale.

A sa mort en 1940, il fait don à l’Etat italien de sa collection d’œuvres et de sa maison-atelier, le Villino Hélène de style néo-renaissance.

  • Au rez-de-chaussée, deux grandes salles abritent une production monumentale. La salle à gauche avec une grande lucarne et un sol en béton, était destinée à servir de laboratoire de modelage de formes sculpturales ; la salle à droite était la salle d’exposition où sont rassemblés de nombreux bustes-portraits. C’est une vaste salle au plancher vénitien, aux grandes fenêtres et au plafond à caissons en stuc. Cette pièce était la salle de réception où Andersen montrait ses œuvres terminées aux visiteurs, admirateurs et clients.
  • Soutenu par sa belle-soeur Olivia, Hendrik avait également commencé à travailler sur le projet utopique de World City ou Cité Mondiale, une ville remplie d’art, caractérisée par des centres scientifique, olympique et artistique avec la grande Fontaine de Vie située au centre.
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    "Je veux fonder une grande et nouvelle cité internationale dans laquelle les plus grandes manifestations de la civilisation humaine seraient concentrées de toutes les parties du monde, pour ensuite être déversées à nouveau, coordonnées et dirigées, en torrents apportant le bien et le progrès au monde entier.Cette ville serait la capitale mondiale, un centre pour les hommes d’intellect qui pourraient se rassembler et développer leurs opinions dans toutes les disciplines. L’art symbole de vertu assurerait l’harmonie".

Ce n’était pas un rêve, mais un véritable projet, illustré dans le livre Un Centre Mondial de Communication, coécrit avec le célèbre urbaniste français Ernest Haebrard.
La Villa Hélène incarne le goût personnel d’Andersen et l’esprit de l’époque dont elle est la porte-parole et est restée inchangée au fil du temps.

Entrer dans ce lieu de l’Utopie d’Hendrik Christian Andersen procure une sensation particulière et légèrement irréelle. Une forêt de statues blanches raconte l’histoire d’une vie passée à poursuivre un rêve si utopique qu’il peut difficilement être transformé en réalité. Le rêve d’Hendrik Andersen était de construire un jour le Centre Mondial des Communications, une ville idéale, une sorte d’utopie où la connaissance, tant scientifique qu’ artistique et sa communication garantiraient la paix à l’humanité.

En 1913, Andersen, en collaboration avec l’architecte Ernest Hébrard, publie un important traité pour présenter l’initiative intitulé Création d’un centre mondial de communication et tente sans relâche de promouvoir le projet en espérant sa réalisation, mais aucune nation ne le soutient. Il l’a également proposé à Mussolini dans les années 1930 sans succès, mais certains pensent que c’est à partir de ce projet que l’idée de l’Exposition E42 , aujourd’hui devenue quartier EUR, est venue au Duce.

L’épicentre du Centre Mondial de Communication était la Fontaine de Vie.
Un complexe hydraulique s’étendant sur trois niveaux, au sommet desquels se trouvait le bassin principal.
L’œuvre entière se compose de trois terrasses disposées sur plusieurs niveaux et d’un bassin supérieur central. De haut en bas, l’eau aurait formé une cascade ininterrompue.

  • Dans le projet, les œuvres sont disposées de la manière suivante : la terrasse inférieure a l’apparence d’un carré avec six espaces semi-circulaires, chacun occupé par un groupe de sculptures : dans les quatre demi-cercles plus petits, on trouve Le Matin (A), Le Soir (B), Le Jour (C) et La Nuit (D), tandis que deux autres groupes (Nu masculin et Nu féminin avec deux putti sur un cheval au pas, F-H) sont disposés dans les demi-cercles plus grands.
  • À leur base, se trouvent deux statues de femmes représentant la Prière (E-G) : la terrasse intermédiaire est de forme circulaire et est ornée de petites fontaines sur son pourtour.
  • Elle comporte également quatre escaliers symétriques reliant la terrasse inférieure à la terrasse supérieure ; la terrasse supérieure, de forme circulaire, abrite quatre groupes de sculptures en bronze. Chaque groupe est composé d’une figure masculine et d’une figure féminine : L’Amour (ou le Baiser I), la Joie de vivre (ou la Famille K), l’Étape (ou la Fraternité L), le Progrès de l’Humanité ( J).
  • Au-dessus des terrasses se trouve le bassin d’où jaillit l’eau, décoré d’une mosaïque représentant les Quatre Saisons.

En visitant la maison-musée, on découvre les statues destinées à la Fontaine de Vie.

  • On peut y suivre le symbolisme que Hendrick avait attribué à chaque groupe. Le groupe du nu avec l’Ange peut-être destiné à être placé sur sa tombe, mérite également d’ être mentionné. Ses statues sont influencées par le goût du début du XXe siècle : d’une part, elles s’inspirent d’une matrice Classique, mais d’autre part, elles témoignent d’une recherche de modernité et de contemporanéité dans la physionomie des visages et dans des expressions résolument modernes et actuelles.
    Malgré leur clarté, elles suscitent l’émerveillement du visiteur. Tous les corps sont représentés physiquement parfaits, stylistiquement influencés par le modèle Classique, et créent des compositions harmonieuses d’individus immortalisés dans des mouvements triomphaux, sinueux et élégants où l’artiste ne laisse échapper aucun détail.

En 1899, peu après son arrivée à Rome, Andersen rencontre Henry James, écrivain et patriote américain.

Ils se sont rencontrés dans « l’air romain doré », mentionné par James dans une de ses lettres, qui inondait le ciel au coucher du soleil. L’écrivain américain qui se sentait désormais européen, avait 56 ans, le jeune sculpteur d’origine norvégienne, vingt-sept ans. Bien que James ait environ 30 ans de plus, les deux hommes ont développé une relation intense qui a duré jusqu’à la mort de James en 1916.
La nature précise de cette relation est controversée, mais les deux ont échangé de nombreuses lettres qui montrent un lien très étroit, même de nature homoérotique, peut-être mieux illustré par une lettre de James à Andersen après la mort du frère de ce dernier le 9 février 1902, dans laquelle James écrivait : " Que je ne puisse pas t’aider, te voir, te parler, te toucher, te tenir longtemps, ou faire quoi que ce soit pour t’apaiser et te faire ressentir ma profonde sympathie - cela me tourmente, mon cher garçon, me fait souffrir pour toi et pour moi-même...J’aimerais te voir là-bas, te tenir et te laisser reposer sur moi comme un frère et un amant, te tenir, te réconforter lentement ou au moins enlever l’amertume du chagrin".

La maison-musée, peuplée d’une forêt de statues gigantesques qui encombraient les salles du rez-de-chaussée, réservait au premier étage les appartements familiaux, où Andersen vivait avec sa mère, sa demi-sœur et la veuve de son frère où il recevait la crème de la société romaine et internationale.
Au premier étage se trouve également la terrasse surplombant Rome dont James se souvient dans une lettre de 1908 : " un dîner dressé le soir, dans l’obscurité chaude et calme qui ne faisait pas vaciller une bougie… suspendu avec vous, je suis assis avec vous dans l’ineffable air doré romain ». La lettre est contenue dans un recueil épistolaire composé de soixante-dix-sept lettres, dont beaucoup ont été publiées par James dans le livre épistolaire « Dear Boy ".
La visite de cette maison-musée nous emmène non seulement dans une galerie de sculptures suggestives et engageantes où l’on peut également trouver les portraits de James, Hélène et Olivia magistralement exécutés par Hendrik, mais aussi dans un lieu de Rome qui commençait à s’étendre hors des murs et qui permet une agréable halte sur la terrasse.

Texte de Maria Luigia Argentiero