La famille Borgia ou la saga des Borgia

Nous poursuivons notre voyage avec les grandes familles romaines.

Nous n’allons pas parler ici d’une famille mais plutôt vous raconter la saga des Borgia : une dynastie pontificale avec Alonso, Rodrigue, César et Lucrèce !

  • Plusieurs générations très controversées au XV° et XVI° siècle surtout connues pour leurs intrigues et scandales.

Les Borgia ont eu Papes, cardinaux, militaires mais avec une sinistre réputation de corruption, intrigues politiques, crime, népotisme, débauche, luxure, crime, empoisonnement, viol et inceste !
Un beau tableau ! Légende ou vérité ?

  • Qui sont-ils ?
    C’est une dynastie qui aura deux Papes . La famille ”italianise” son nom, de Borja à Borgia, pour asseoir son pouvoir et pratiquer le népotisme, système politique bien connu pour avoir à ses côtés des hommes de confiance, de la famille. Entre 1455 à 1572, ils produisent en ces quelques années deux papes, un saint et un général des Jésuites.
    Comment cette famille de Valence est-elle parvenue à accéder aux ors du Vatican. Rien ne destinait à priori une famille obscure sans grande noblesse à cette incroyable ascension mais qui connut aussi une chute vertigineuse.
  • Le premier à se distinguer sera Alonso de Borja ou le Pape Calixte III

Grâce à la protection du roi d’Aragon, Ferdinand, puis de son successeur, Alphonse le Magnanime, Alonso fera des études de droit avant d’entrer dans les ordres. Il devient alors conseiller du roi et l’accompagne dans sa conquête du royaume de Naples.(1442-1444)
La papauté ayant réintégré Rome (en 1377) après un long épisode à Avignon, Alfonso devient cardinal avec son nom latinisé en Borgia ; puis aidé par le Magnanime, il sera nommé en avril 1455, le premier pape Borgia sous le nom de Calixte III.
Il a alors 77 ans et fera de son neveu, le jeune Rodrigo Borgia (1431-1503) l’évêque de Valence, puis un cardinal à l’âge de 24 ans et second personnage du Vatican ; Il est trop jeune en 1448 à la mort de son oncle pour prétendre à une élection pontificale mais il avance ses pions sur l’échiquier…
il sera élu Pape en 1492 sous le nom d’Alexandre VI (en référence à Alexandre le Grand).

  • Le second personnage de la lignée, Rodrigo Borgia ou le Pape Alexandre VI

C’est un fin stratège et un intrigant hors pair ; un homme (pas vraiment beau !) qui collectionne les femmes. Il est Pape direz-vous…l’un n’empêche pas l’autre !

Portraits de Vanozza Cattanei et Giulia Farnese, les deux grands amours d’Alexandre VI

Lorsqu’il est élu Pape en 1492, il use des mêmes stratagèmes que son oncle. Népotique, il favorise sa famille et notamment ses quatre enfants : César, Giovanni, Lucrèce et Geoffroi. Il les place à des postes clés pour mieux contrôler la situation et assurer le futur de sa famille, les hautes fonctions dans la curie romaine rapportant beaucoup d’argent !
Mais son but, partagé ensuite par son fils César, était avant tout politique. Rodrigue et César veulent renforcer le pouvoir temporel du Pape et l’étendre à toute l’Italie, alors morcelée en différentes principautés et cités.

Il a eu quatre enfants avec Vanozza Cattanei, une femme d’affaires romaine qui tient plusieurs “auberges” ( ou maison close on ne sait pas très bien ). Il aura d’autres enfants de plusieurs maîtresses différentes et une liaison de plusieurs années avec la belle Giulia Farnese, sœur du futur Pape Paul III, qui a 15 ans alors que lui en a presque soixante…

  • César Borgia (1475-1507), fils d’Alexandre VI

Il sera redoutable, sans pitié ni scrupules mais brillant guerrier. Sa devise est “Aut Caesar aut nihil” (Ou César, ou rien). Il étend sa puissance sur Rome en usant de tous les moyens pour écarter ennemis et rivaux. Ses crimes n’auront aucune limite, puisqu’il va jusqu’à éliminer, par le poison ou les armes, les membres de sa propre famille : son frère aîné Francesco, les maris de sa soeur Lucrèce et ses maîtresses si nécessaire.

A la mort de son père Alexandre VI, le Pape Jules II (della Rovere) fait tout pour l’affaiblir et César choisit de revenir en Espagne pour y mourir.
Selon Machiavel, César Borgia représente le prototype du “prince”, condottière audacieux, auquel il dédiera son livre intitulé Le Prince (1532).

CONCLUSION Certes, cette illustre famille a donné deux Papes à l’église et un saint Francisco de Borja (1510-1572) mais elle jouit d’une sinistre réputation faite d’empoisonnements, de fraticides, d’incestes, de luxure, de viol etc… Cette légende ou vérité contribue à faire des Borgia le symbole de la décadence de l’Eglise catholique romaine à la Renaissance italienne.

  • Lucrèce ou Lucrezia Borgia (1480-1519), fille du Pape Alexandre VI

Fille illégitime du Pape Alexandre VI, elle fut l’une des figures féminines très contestées pendant la Renaissance. Un drame en prose écrit par Victor Hugo(en trois actes) sur la vie de Lucrezia Borgia fut représenté au théâtre de la Porte Saint-Martin en 1833. Personnage principal de la pièce, elle est montrée comme une femme cruelle et capable des crimes les plus épouvantables.
A dire vrai, sa réputation a toujours été mise en question mais peut- être a-t-elle été l’objet de jeux politiques ordonnés par son père et son frère ? Comme par exemple un mariage obligé par son père à 13 ans, ainsi que deux autres conclus sans son accord, toujours pour des raisons politiques. Par contre, elle aura à Ferrara un rôle de mécène, elle s’entoura d’une cour d’intellectuels et d’érudits dont le célèbre poète Arioste et Pietro Bembo. Elle décédera à 39 ans.

En 1458, Rodrigo Borgia, quand il était cardinal, fit construire et vécut au palais Cesarini Sforza (Corso Vittorio Emanuele II) comme siège de la Cancelleria Apostolica. Quand il devint Pape, il le donna au cardinal Ascanio Sforza.

Dans le Palazzo Apostolico du Vatican, se trouvent les salles de l’appartement Borgia qui furent créées comme résidence privée du Pape Alessandro VI et de sa famille, décorées par une série de fresques extraordinaires du Pinturicchio entre 1492 et 1494. Il s’agit de six salles monumentales au premier étage et d’une tour, la tour des Borgia. L’appartement fut abandonné par le Pape suivant Giulio II (1503.1513).
A ne pas confondre avec celle appelée à tort des Borgia, à côté du petit palazzetto Borgia, Piazza San Pietro in Vincoli (Rione Monti) qui est aujourd’hui le clocher de l’église de San Francesco di Paola.

Ces salles habitées par les Borgia furent de nouveau ouvertes au public à la fin du XIX° siècle.
Dans l’église des espagnols, Santa Maria di Monserrato sont enterrés les deux Papes Borgia.

Les Borgia ont fait parlé d’eux sous les deux pontificats de leur famille, mais sur la scène romaine ils n’ont pas laissé tant de trâces que cela.
La littérature, l’art et le cinéma ont largement rattrapé cet oubli !

Texte de Marion Simprez