Le choix de François : Les cailles en automne de Naguib Mahfouz

Le choix de François : Les cailles en automne de Naguib Mahfouz

Les cailles en automne de Naguib Mahfouz

Quoi de mieux, en cette période agitée, incertaine ou morose que de rendre visite à votre libraire pour y découvrir les surprises que celui-ci vous a réservées. Surtout s’il a la bonne idée de vous proposer « Les cailles en automne », un inédit de Naguib Mahfouz, prix Nobel égyptien de littérature, un auteur avec lequel les lecteurs et lectrices assidus du café littéraire sont déjà familiers, grâce à sa « Trilogie du Caire » (Impasse du Palais, Le Palais des désirs, Le jardin du passé), une somme de quelque mille six-cents pages.

Alors que dans sa trilogie, l’auteur peignait une fresque décrivant la vie de trois générations de Cairotes au cours de la période allant de la fin de la première guerre mondiale aux années succédant à la fin de la deuxième, l’intrigue du roman « Les cailles en automne » se noue à partir de l’année 1952.

Le lecteur se trouve immergé dans la société cairote de privilégiés d’un régime finissant, intriguant pour prospérer, ou, à tout le moins, préserver leur position dans la société. Issa, le héros du roman, entrevoit l’aboutissement d’une carrière qui lui semblait toute tracée. Ce faisant, il tarde à comprendre ce qui se joue dans son pays et qui va bouleverser sa vie. Ce qui lui semble n’être qu’un nouvel épisode dans des luttes de personnes gravitant autour du pouvoir, est en réalité l’ultime convulsion d’un régime à bout de souffle.
Pour Issa, il ne s’agit plus d’un faux pas ou d’une passagère mise à l’écart mais un déclassement définitif dans un monde nouveau où il n’a plus sa place.

Intrigues politiques, rivalités familiales, perte de statut social, déboires amoureux, nous suivons pas à pas les différentes étapes de sa chute.

Celle-ci le conduit à s’exiler à Alexandrie et le lecteur à découvrir l’autre métropole égyptienne. Issa y côtoie un univers dont il ignorait jusque-là l’existence, découvre la solitude, l’alcool triste, les ruelles sombres et sordides, la rue, le chiromancien qui lui lit les lignes de la main, les petits boutiquiers, la prostituée du quartier, toute une humanité qui flirte avec l’illégalité et la débrouillardise pour survivre ou améliorer l’ordinaire. Il erre sur la Corniche, d’où l’on peut voir la mer et le vol des cailles.

Un personnage, deux villes, l’auteur embrasse en deux tableaux la diversité d’une société malmenée par les soubresauts historiques que connaît l’Egypte.

Ce court roman - cent quatre-vingt-cinq petites pages – si vous êtes l’un ou l’une des lecteurs et lectrices du café littéraire, constituera une opportunité de prolonger, au-delà de la « trilogie du Caire », votre voyage en compagnie à travers l’histoire égyptienne.

Pour ceux qui n’ont pas encore lu Naguib Mahfouz, une occasion à ne pas laisser échapper pour faire la connaissance de cet auteur. Dans les deux cas, courez chez votre libraire.

Texte de François Pellerin